Adoption du PLU : intervention de Sophie Taillé-Polian.

Le par

ADOPTION DU Plan Local d’Urbanisme (PLU) :

CONSEIL MUNICIPAL DU 26 JUIN 2015

INTERVENTION de Sophie Taillé-Polian

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Monsieur le Maire, dans nombre de vos textes, vous vous référez à une vision d’une mixité sociale « plus équilibrée ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

Arrêtons le « politiquement correct » et les propos creux qui ne servent qu’à masquer votre véritable projet, qui fait de constants amalgames : «pas trop de logements sociaux =  pas trop de pauvres » ! Pour une répartition « équitable » des pauvres… vous en appelez à une mixité sociale « équilibrée », prétextant que c’est aux autres villes dont les taux de logements sociaux sont moins importants, de les accueillir.

Vous faites à ce titre partie du fameux « Club des maires reconstructeurs » lancé par Valérie Pécresse, qui prône cette mixité sociale « maîtrisée ». Dans sa lettre d’intention, ces maires disent « pas plus de 30% de logements sociaux dans nos villes, mais nous sommes prêts à construire », mais les quelques 30 maires LR dans ce club qui ne répondent même pas aux objectifs de la loi SRU accueilleront-ils les gens que vous rejetez ? Je ne crois pas qu’ils en soient d’accord.

Pourtant, votre diagnostic du PLU pose le problème en ces termes : « malgré 38% de logements sociaux, Villejuif ne peut « mettre à l’abri » une partie importante de ses ménages modestes (page 130). »

Qui sont-ils ? Ce sont les 1477 personnes sous le seuil de pauvreté comptabilisées dans le diagnostic de votre PLU, qui vivent dans le parc privé…ce sont ces familles que vous ne voulez plus accueillir. Mais il est vrai que bien souvent, ils ne votent pas…

Notre vision de la mixité sociale est toute autre. Pour nous, mixité sociale veut dire : « droit à la ville », et ne doit donc pas être ramenée à un chiffre dogmatique, mais à un objectif relatif aux besoins de la population.

Et ce que nous proposons, ce pourquoi nous nous battons, c’est que les investissements publics de transports à venir, et déjà réalisés, ne profitent pas qu’aux familles ayant les moyens de faire face à la hausse incroyable des prix de l’immobilier (faut-il rappeler ici que les prix ont doublé depuis 13 ans).

Le droit à la ville, c’est le droit de choisir son lieu de vie et d’avoir accès aux transports, aux équipements, aux services, sans se sentir relégué dans des zones enclavées.

Assurer la mixité sociale, c’est bien plus investir dans le fonctionnement des MPT, que vous avez drastiquement réduit, et travailler une carte scolaire qui mêle les enfants de toutes origines, et non parler haut et fort d’implanter des écoles privées dans notre ville.

Mais même quand vous parlez de mixité sociale, vous oubliez la moitié de la population… Aujourd’hui, l’écart de revenus observé entre les plus riches et les plus pauvres sur Villejuif va en s’accroissant. Votre propre diagnostic le dit: « le bassin d’habitat dans lequel se situe Villejuif est dans une situation d’accroissement des écarts sociaux (…) sous l’influence des ménages relativement aisés qui arrivent de Paris. Cela pose la question des catégories de population à revenus moyens ».

Or, alors qu’une très grande part des logements sociaux que nous appelons de nos vœux sont des logements « accessibles à 70% de la population », vous en réduisez drastiquement le nombre. A la place, vous comptez produire des logements étudiants et des logements pour personnes âgées. Voilà une autre manière bien connue de détourner les principes de la loi SRU : du logement étudiant, du logement pour personnes âgées, des résidences pour les infirmières… Ca rassure vos électeurs…

Mais où allez-vous loger ces étudiants et ces infirmières qui vont se rencontrer à Villejuif, en se baladant sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu, lorsqu’ils se mettront en couple et auront des enfants ? Ils seront contraints de quitter notre ville, ou de s’endetter sur 25 ans pour financer leur F3 de 60 m² où leurs 2 enfants partageront leur chambre jusqu’à leurs 18 ans… Non, ils s’en iront ! comme ils le font depuis de nombreuses années, comme votre diagnostic pourtant le démontre, et ce que précisément notre politique de peuplement cherchait à éviter.

Mais vous ne voulez pas de ces catégories-là, elles ne vous intéressent pas ! vous ne leur proposez que l’endettement à vie pour 60m².

Vous avez voulu aller vite pour refaire ce PLU, et votre mauvaise foi éclate au visage de n’importe qui se donnant le temps de lire le diagnostic sur lequel il est censé être fondé. Car, ainsi que vous l’aviez dit, par soucis d’économie de temps et d’argent, le diagnostic est le même que celui du PLU précédent ! Mais les réponses que vous apportez sont incohérentes au regard de ses conclusions, elles sont contraires aux conclusions qui s’imposent !

C’est exprès, parce que vous saviez déjà ce que vous souhaitiez : moins de logements sociaux (entendez moins de pauvres, et avec vous jetez le bébé et l’eau du bain, car moins de classes moyennes aussi.)

A terme, une fois que les « coups partis » sous la précédente mandature seront achevés, votre PLU porte en germes le quasi arrêt de construction de logements sociaux familiaux sur notre ville. En effet, vous « rendrez soit disant obligatoire » une part de 25% de logements sociaux dans les programmes de plus de 2500 m²… pouvez-vous me dire combien de programme de cette envergure ont vu le jour ces dernières années sur Villejuif, alors que nous « bétionnions » ? Fort peu…

Mais je dois avouer que pour être un maire bâtisseur, vous êtes un maire bâtisseur. Au mépris de vos engagements de campagne, où vous juriez que vous alliez faire cesser cette densification insensée. Loin de la stopper, vous la poussez plus loin ! On enregistre une progression de plus 5000 habitants par rapport aux projections de l’ancien PLU. Certes, vos alliés « écolos », en échange de leur soutien et de leur virage à 90° sur la question du nombre d’habitants, ont obtenu des espaces verts supplémentaires. Je note au passage que ces grands théoriciens de « l’écologie politique » ont bien vite remisée leur vision globale d’un environnement de qualité pour tous, car ils ont troqué le terrain des maraîchers et le terrain du lycée contre la confiscation progressive de notre ville au profit de ceux qui auront les moyens d’y habiter. Eux sont déjà logés.

Dans votre tentative d’expliquer en quoi vous faites tellement mieux que vos prédécesseurs, vous utilisez des mots qui ne veulent rien dire : un urbanisme « apaisé ». Encore et toujours ces mots fourre-tout, qui rassurent, mais qui permettent d’avancer sur votre projet.

Que veut dire ce mot : « apaisé ». Cela veut dire « moins haut », pour ceux qui n’auraient pas compris. Enfin, moins haut, mais pas partout… la révision du PLU que vous avez engagée pour les quartiers Sud permettant de financer le futur équipement sportif à Karl Marx induit une augmentation des hauteurs… Visiblement, dans les quartiers Sud, cela a moins d’importance qu’aux abords de la ZAC Aragon.

Dans la zone de Campus Grand Parc, vous autoriserez des hauteurs à 40m plus 10 mètres aux abords de la gare (soit des immeubles allant entre 13 et 16 étages) ! Je ne reviendrai pas sur les hauteurs de la ZAC Aragon, qui sont légèrement inférieures à celles permises par l’ancien PLU, sans pour autant imposer une diminution drastique ! Là encore, on est loin des promesses de campagne.

Enfin, vous nous indiquez que les équipements publics seront au rendez-vous pour accueillir ces nouveaux habitants. Or, quand on regarde la liste des emplacements réservés : rien de nouveau sous le soleil !

Et même, deux salles de moins : celle de la place du 18 mai 1945, à laquelle vous avez renoncé, et la salle du terrain Molicone, qui devait, dans le précédent projet, devenir une crèche… a disparu du nouveau programme que vous nous présentez ce soir.

Monsieur le maire, en conclusion, je dois saluer la cohérence de votre PLU, qui est bien celui d’une municipalité Les Républicains, qui parle de mixité sociale et de vivre ensemble en les réduisant à portion congrue, et qui limite sa vision de l’urbanisme à un nombre d’étages.

Un PLU idéologique, électoraliste.

Le groupe socialiste votera contre ce projet.

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